Interview de Takeo Fukui par Challenges.fr

Takeo Fukui

Vous avez été parmi les premiers à lancer un véhicule hybride, mais votre initiative n'a pas été couronnée de succès puisque aujourd'hui voiture hybride rime avec Prius, le modèle de Toyota... Au départ, nos modèles In-sight et Civic hybrides n'étaient pas destinés à la production de masse. Le coût était alors trop élevé. Si nous l'avions fait, nous aurions perdu beaucoup d'argent. Maintenant, nous avons réduit les coûts de développement. En 2009, nous allons lancer une petite voiture hybride, cette fois pour le grand public. Quant à Toyota, même s'il semble vendre pas mal de Prius, je ne suis pas sûr qu'il gagne de l'argent avec cette voiture. Il a dépensé beaucoup pour gagner en image.

L'image est aujourd'hui un facteur très important. Ne comptez-vous pas changer la culture de Honda, très orientée ingénieurs ? On ne peut pas dire cela. Nous privilégions toujours à la fois ingénieurs et marketing.

Toyota profite d'un yen faible pour produire plus au Japon. Vous avez choisi la voie inverse en annonçant la création d'usines aux Etats-Unis, en Argentine, au Vietnam... Pourquoi ? Toyota dispose d'importantes capacités de production au Japon, alors que cela fait dix ans que nous avons réduit notre outil industriel pour aller à l'étranger. Si nous continuons à ouvrir des usines en dehors du Japon, ce n'est pas pour profiter des taux de change, mais pour être près des clients. De toute façon, ces taux fluctuent. La situation d'aujourd'hui peut s'inverser demain.

Vous avez dit regretter d'avoir investi en Grande-Bretagne. Est-ce un handicap d'avoir des usines dans un pays hors zone euro ? Je n'ai pas dit cela. J'ai dit que nous avions émis un jugement erroné, celui de croire que la Grande-Bretagne rejoindrait la zone euro. Comme notre stratégie était fondée sur ce postulat, nous avons dû la modifier. Aujourd'hui, notre usine de Swindon tourne à pleine capacité et produit 250 000 voitures par an, dont 100 000 pour le marché local. Nous espérons à l'avenir en vendre 115 000 pour limiter les risques de change entre la livre et l'euro. Nous possédons 4,5% du marché britannique. Nous aimerions bien en avoir autant en France.

Honda est présent dans les voitures, les motos, les moteurs de bateaux, les robots. Maintenant vous vous lancez dans les petits avions avec le projet Hondajet. Pourquoi vous diversifiez-vous autant ? Quand le marché de la moto a souffert, nous l'avons soutenu grâce à la croissance de l'auto. Je considère notre diversification comme une force. On le verra à l'avenir. Des synergies peuvent être réalisées dans les différents types de moteurs. Honda n'est pas juste un constructeur d'automobiles. C'est une compagnie qui fournit des objets pour la mobilité personnelle.

A quoi ressembleront les Hondajet ? Ce seront de petits jets de 4-5 places au prix de 1 million de dollars environ. La livraison au grand public ne se fera pas avant 2010. Nous prévoyons alors 1 000 ventes par an, mais ce peut être beaucoup plus.